Archives pour la catégorie Environnement

Soutenons la véloroute voie verte !

S’il y a un projet d’intérêt général, c’est bien la véloroute voie verte ! La COP 21 a conforté nos intuitions sur la nécessité de revoir les transports et de développer les modes de déplacement doux. Vive le vélo !

 

voie-verte

Lors de la réalisation de la charte de territoire, qui a mobilisé plus de 200 citoyens et l’ensemble des élus du territoire, nous avons validé ce projet à l’unanimité.

Il s’agit de créer une voie verte permettant des déplacement doux en deux phases :

1er phase : réalisation de la voie verte de Montélimar à La Bâtie-Rolland

2é phase : réalisation de la voie verte de la bâtie – Rolland à Dieulefit

Il a bénéficié de forts soutiens financiers de la Région et du bonus développement durable, mis à la disposition du territoire.
Malgré une construction laborieuse, de dossiers en dossiers, ce projet arrive enfin à une phase essentielle qui est la mise à l’enquête publique.

A nous, maintenant, d’aller au bout de notre démarche et  de prendre quelques minutes pour envoyer un message au commissaire enquêteur.

Signifions notre volonté de voir aboutir la création d’une voie verte reliant Dieulefit à Montélimar

Deux possibilités :

Rencontrer le commissaire enquêteur :

La Bâtie- Rolland : vendredi 3 juin 13h-16h / Lundi 4 juillet  13h-16h

Montélimar : mercredi 8 juin 9h-12h

Montboucher sur Jabron : jeudi 23 juin 9h-12h

Puygiron : Mercredi 15 juin : 14h-17h

Adresser un courrier  à : M. Raymond Faquin commissaire enquêteur

En mairie de  la Bâtie Rolland 26160

Exprimons nos demandes : nous attendons la réalisation de ce projet rapidement pour nos déplacements, pour les loisirs, pour la découverte de cet environnement et pour notre planète..

Vous pouvez aussi avoir des renseignement auprès du porteur du projet :

SMBRJ 04 75 90 13 96

 

 

 

Climat : les pays ne s’engagent pas vraiment !

Climat : Le projet d’accord doit-être rejeté ! Non aux crimes climatiques !

Un nouveau texte, pouvant préfigurer ce que pourrait être l’accord de Paris lors de la COP21, a été rendu public par l’ONU. Il est inacceptable. En endossant ce texte, les négociateurs des Etats accepteraient que le chaos climatique devienne l’horizon indépassable de l’humanité. Nous devons le rejeter. Un éventuel sursaut politique et citoyen est à ce prix.

Version provisoire au 7 octobre 2015.

Les deux présidents et facilitateurs de la négociation, Ahmed Djoghlaf et Dan Reifsnyder, ont rendu public un nouveau texte lundi 5 octobre, à moins de quinze jours de la dernière session de négociations intermédiaires à Bonn (19 oct – 24 oct). A la grande satisfaction de nombreux commentateurs et journalistes, ce texte ne fait qu’une vingtaines de pages, contre plus de quatre- vingt pour les textes qui l’ont précédé. Pour certains, c’est une « avancée » sur un texte « plus court, plus lisible (…) plus facile à manier » qui « permettra de faire avancer les négociations ».

Pourtant, ce texte n’est pas acceptable. Voilà pourquoi. En 10 points.

1. Le cœur du problème : les objectifs de réduction d’émission des pays ne font pas partie de la négociation

Aussi incroyable que cela puisse paraître, les objectifs quantifiés de réduction d’émission post-2020 que les Etats sont invités à rendre publics avant la COP21 ne font pas partie des sujets de négociation. Ces objectifs, non contraignants et volontaires, et aujourd’hui largement insuffisants, ne seront pas revus à la hausse sous l’effet des négociations. Pourtant, la somme de toutes ces promesses est très éloignée de ce qui est nécessaire : là où les chefs d’Etat et de gouvernement se sont engagés à en rester à 2°C de réchauffement climatique maximal d’ici à la fin du siècle, leurs promesses de réduction d’émissions conduisent à un réchauffement climatique d’au moins 3°C. Il serait logique que l’écart entre le prévisionnel et l’objectif fasse l’objet de négociations et qu’il soit réparti entre les Etats. Logique, mais ce ne sera pas le cas à Paris. Ce n’est pas à l’ordre du jour de la négociation. Ce qui est à l’ordre du jour ? Savoir si les objectifs que les Etats ont posés sur la table s’appellent « contributions » ou « commitments » (engagements en langage onusien), comment on les mesure, les vérifie et les comptabilise. Bref, à l’ONU, on négocie le contenant. Pas le contenu.

2. L’ONU et les Etats prévoient de négocier avec le réchauffement climatique

L’article trois de ce projet de texte est emblématique de son inconsistance et du danger qu’il fait naître. Les scientifiques du climat ont clairement posé les objectifs de court, moyen et long terme, ainsi que les feuilles de route, qui permettraient de rester en deçà de 2°C d’ici à la fin du siècle – ou mieux 1,5°C. Ils préconisent ainsi de réduire de 40 à 70 % les émissions mondiales d’ici à 2050, considérant qu’un maximum d’émissions doit être atteint d’ici à 2020 et qu’il faudrait réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre à 44 Gt de CO2eq par an d’ici 2020, 40 Gt d’ici 2025 et 35 Gt d’ici 2030. Aucun de ces objectifs à court et moyen terme n’est mentionné dans le texte. Les résultats et préconisations du GIEC sont ignorés par ce texte.

Que propose le texte comme objectif de moyen ou long terme ? On ne sait pas. Peut-être un pic d’émissions pour une année qui serait à déterminer, ou des termes encore plus génériques autour de la neutralité carbone, du zéro-net émissions, ou de faibles émissions. Autant de termes à la fois vagues, très éloignés de la précision que requièrent de telles négociations, et par ailleurs problématiques (voir plus loin). De plus, les Etats sont simplement « invités » à formuler des objectifs de long-terme. Quant à leurs objectifs à court et moyen terme, la négociation devra déterminer si les Etats « doivent les atteindre » ou « devraient les atteindre ». Une distinction entre « shall » et « should » qui montre toute l’ambivalence de négociations où l’on est prêt à adoucir les engagements dès que l’opportunité se présente. L’ONU et les négociateurs proposent donc de

négocier avec le climat. Ce n’est pas acceptable : on ne négocie pas avec le réchauffement climatique : l’effet de serre ou les conséquences du réchauffement sur les territoires et les populations ne se négocient pas. Il est seulement seulement possible de les limiter et les freiner. CE que l’ONU et les Etats ne semblent pas avoir compris.

3. Un mécanisme de révision mal envisagé

Compte tenu de l’urgence climatique, les Etats devraient être tenus de revoir régulièrement, et de façon plus ambitieuse, leurs objectifs de réduction d’émission. De bon sens, ce mécanisme là n’est pourtant pas clairement défini. Le caractère progressif, qui obligerait à revoir les objectifs à la hausse, n’est qu’une option parmi d’autres. Tandis que les modalités pratiques de ce processus de révision ne sont pas précises. Ainsi, le projet de texte ne prévoit pas de faire de bilan de la mise en œuvre des objectifs des Etats avant 2023 ou 2024, soit dans plus de huit ans. D’ici là, de nouveaux records mondiaux d’émissions de gaz à effet de serre seront certainement battus et l’urgence climatique se sera sans doute encore aggravée. Peu importe, puisque le dispositif ne prévoit pas de cas où l’urgence climatique oblige les Etats à réduire plus significativement leurs émissions de gaz à effet de serre. Alors que leurs propositions de réduction d’émissions actuelles ne sont pas acceptables en l’état et que tous les scénarios exigent des efforts substantiellement supérieurs, ce dispositif repousse à dans dix ans – une éternité face à l’intensification des conséquences du dérèglement climatique – toute possibilité de revoir à la hausse les objectifs que les Etats s’assignent. Il n’y a rien de tel pour que l’humanité soit assurée de frapper à pleine vitesse le mur du chaos climatique !

4. Un projet de texte qui ignore l’origine de plus de 80% des émissions de GES

Incroyable bis. Voilà vingt pages d’un texte qui est supposé organiser une politique internationale contre le dérèglement climatique et qui n’évoquent jamais les énergies fossiles. Imaginez-vous une conférence internationale sur le cancer du poumon dont le document de conclusion ne mentionnerait pas la consommation de tabac ? C’est pourtant ce qu’il se passe à l’ONU en matière de climat. Ce texte est d’ailleurs en retrait par rapport aux précédentes moutures qui envisageaient la possibilité d’une réduction des subventions aux énergies fossiles. Cela n’est plus évoqué. La diminution du texte – pour atteindre ce seuil de vingt pages dont les commentateurs se félicitent – n’a pas été faite au hasard : alors que le secteur des énergies fossiles reçoit chaque année plus de 700 millions de dollars de subventions publiques directes et qu’il est soutenu, si l’on tient compte de toutes les aides indirectes, à hauteur de 10 millions de dollars par seconde, ce secteur n’est tout simplement pas mentionné. Une belle confirmation du schisme de réalité qui existe entre les négociations sur le climat et la réalité de la globalisation de la fuite en avant extractiviste.

Proposition est donc faite que la COP21 à Paris continue d’ignorer totalement les énergies fossiles. Pourquoi se priver ? Les compagnies pétrolières, gazières et charbonnières s’en frottent déjà les mains, elles qui ne cessent de répéter qu’il est illusoire de vouloir réduire drastiquement la part des fossiles dans le mix énergétique. Cette cécité des négociations à propos des énergies fossiles n’est pas nouvelle. En plus de vingt ans de négociations de l’ONU sur le changement climatique, il n’a jamais été question de laisser tout ou partie des réserves d’énergies fossiles dans le sol, et ce alors que la combustion des énergies fossiles représente au moins 80 % des émissions de CO2. Aucun Etat, aucune multinationale et aucune institution internationale ne propose de limiter à la source la production de charbon, de gaz et de pétrole. Ce projet de texte fait comme s’il était possible de réduire les émissions de gaz à effet de serre sans réduire ce qui les génère. C’est impossible. De nombreux chercheurs demandent désormais une forme de moratoire international sur toute nouvelle exploration et mise en exploitation d’énergies fossiles. Ils sont rejoints en cela par des dizaines de milliers de citoyens à travers le monde qui exigent de geler au moins 80 % des réserves prouvées d’énergies fossiles (Appel Laissons les fossiles dans le sol pour en finir avec les crimes climatiques – http://crimesclimatiquesstop.org). Si ce texte devait devenir un texte de négociations, les Etats et l’ONU rejetteraient ainsi purement et simplement cette exigence légitime et scientifiquement fondée

dont la mise en œuvre est urgente, préférant cautionner de nouveaux crimes climatiques.

5. Pas de financements adéquats

L’article sur le financement est l’un des plus vides de contenu du texte. Il ne dit rien de précis. Comme si mobiliser les financements nécessaires aux Etats et les collectivités territoriales pour opérer une transition énergétique vers des économies post-fossiles, ou encore permettre aux populations les plus touchées par le règlement climatique de s’adapter et de faire face aux conséquences des dérèglements climatiques, n’était pas une priorité. L’engagement pris à Copenhague en 2009, consistant à débloquer 100 milliards de dollars d’ici à 2020 pour soutenir les pays et populations les plus démunis, ne se concrétise toujours pas. Tout est laissé à la négociation, comme s’il n’avait pas été possible d’avancer sur ce sujet en six ans. Les pays les plus riches refusent de s’engager de façon contraignante à ce sujet et font tout ce qui est en leur pouvoir pour convoquer d’autres sources de financements, à commencer par le secteur privé. Enfin, aucune feuille de route n’est proposée pour indiquer comment les engagements financiers des Etats vont se maintenir, mieux s’accroître, au cours du temps pour faire face à l’aggravation des dérèglements climatiques.

6. L’aviation et le transport maritime épargnés

L’aviation et le secteur du transport maritime comptent respectivement pour 5% et 3% des émissions mondiales de CO2, soit les émissions respectives de l’Allemagne et de la Corée du Sud. Depuis toujours, ces deux secteurs ne sont pas couverts par les objectifs de réduction d’émission nationaux établis dans le cadre des négociations internationales. Cela fait plusieurs années que de nombreuses organisations de la société civile se battent pour que des objectifs spécifiques soient assignés à ces deux secteurs, et que le presque dixième des émissions de C02 qu’ils représentent soit bien couvert avec un objectif spécifique de réduction d’émissions. Patatras. Intégrés dans les versions précédentes du texte, ces deux secteurs sont aujourd’hui exemptés de tout objectif de réductions d’émissions, alors que les émissions de ces deux secteurs pourraient augmenter de 250 % d’ici à 2050 en cas de scénario business as usual. Les pays les moins développés avaient également demandé que ces deux secteurs contribuent au financement international de la lutte contre les dérèglements climatiques, proposition qui n’apparait plus dans cette version du texte. Alors que les gouvernements des Etats les plus puissants, à commencer par le gouvernement français, ne cessent de répéter qu’il faut obtenir un « accord universel », ce texte laisse près d’un dixième des émissions de CO2 à l’extérieur du projet d’accord. Si ce texte était validé comme base de négociations, cela reviendrait à cautionner que deux secteurs jugés essentiels à la globalisation économique soient épargnés par les politiques de lutte contre les dérèglements climatiques.

7. Pas de plan pour le développement des énergies renouvelables

Dans une note publiée en 2011, le GIEC affirmait « que près de 80% de l’approvisionnement mondial en énergie pourrait être assuré par des sources d’énergies renouvelables d’ici au milieu de ce siècle si l’effort est soutenu par des politiques publiques adéquates ». Les négociateurs ont parfaitement entendu la recommandation du GIEC. Enfin presque. Le texte ne présente aucune mention des énergies renouvelables : le terme n’apparait pas, pas plus qu’un plan de déploiement à l’échelle internationale ou un dispositif de soutien financier et technique. On croit rêver. Et pourtant on ne rêve pas : si ce texte devait servir de base de négociation, les 196 parties de l’ONU auraient réussi l’incroyable exploit de négocier près de vingt-cinq ans à propos du réchauffement climatique sans ne jamais rien décider qui puisse soutenir le déploiement des énergies renouvelables. Pendant ce temps, l’organisme des règlements des différends (ORD) de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a cassé plusieurs plans nationaux et régionaux de soutien aux énergies renouvelables. Motif? Ces plans n’ont pas été jugés conformes aux règles du commerce international. De fait, en refusant de s’opposer à cette logique, les négociateurs des Etats-membres de l’ONU confirment qu’ils accordent plus d’importance aux règles du commerce international qu’à la lutte contre les dérèglements climatiques !

8. Reléguer les droits humains, sociaux et politiques dans un article sans valeur

Les rédacteurs de ce texte ont réussi la prouesse de regrouper les droits humains, l’égalité de genre, les droits des populations indigènes, ainsi que l’ensemble des éléments qui font qu’une société peut rester société en cas de sévères impacts des dérèglements climatiques (sécurité alimentaire, politiques sociales, transition juste, travail décent, etc) dans un seul et unique paragraphe ! Un paragraphe qui ne veut plus dire grand chose si ce n’est qu’il regroupe un ensemble de sujets et de questions sur lesquelles se battent une très grande majorité d’organisations syndicales, humanitaires, paysannes, associatives, etc. Et que dit ce paragraphe ? Qu’il faut respecter et tenir compte de tous ces enjeux. On a connu verbes plus incisifs et contraignants. Où est placé ce paragraphe ? Dans le préambule de ce que serait le texte de décision issu de la COP21. Ce qui signifie qu’aucune mention de ces enjeux fondamentaux n’est maintenue dans le cœur du dispositif juridique qui doit gouverner les négociations sur le changement climatique à partir de 2020. Bref, ce paragraphe n’a aucune valeur. Ces objectifs et ces principes sont donc marginalisés comme rarement dans un texte issu de de l’ONU. Vous pensiez que la conférence de Paris pourrait être une étape importante dans la perspective d’une transition énergétique mondiale, s’appuyant sur la justice sociale, les droits humains et la souveraineté alimentaire ? Réveillez-vous, ce ne sera pas le cas.

9. Un affaiblissement généralisé de la Convention cadre de l’ONU

Dans la droite ligne du point précédent, ce projet de texte affaiblit considérablement les principes de la convention cadre des Nations-Unies sur le changement climatique, rédigée et adoptée en 1992 à Rio de Janeiro (Brésil). Cette convention est loin d’être parfaite. Mais elle est fondée sur un certain nombre de principes visant à assurer des critères de justice entre les différents pays et les différentes populations de la planète : tout le monde n’est pas également responsable de la crise climatique et ne dispose pas des mêmes moyens pour y faire face. Cette réalité s’inscrit dans le cadre du principe de responsabilité commune mais différenciée. Ce principe, largement édulcoré au cours du temps, l’est à nouveau ici : l’article 2 se limite à indiquer que ce texte d’accord « reflète » ce principe, laissant la place à toutes les interprétations possibles.

10. Des idées dangereuses ne sont pas écartées

Beaucoup de points pourraient être cités ici. Limitons-nous au concept d’émissions « nettes zéro », qui est une des options de l’objectif de long terme envisagé dans ce texte. Le terme « émissions nette zéro» peut sembler similaire au terme «zéro émission», et ainsi obtenir un soutien équivalent. Pourtant, les deux concepts ont des significations et des effets très différents. Ajouter « net » à un objectif de « zéro émission » dénature complètement l’objectif initial. Au lieu d’exiger des réductions d’émissions réelles, la comptabilité nette encourage la compensation carbone à une échelle globale et massive. Cette compensation pourrait mobiliser des milliards d’hectares de forêts et de terres arables pour stocker le carbone issu des émissions de gaz à effet de serre qui ne seraient pas éliminées. Beaucoup de communautés vulnérables des pays du Sud ont déjà perdu leurs terres et vu leur sécurité alimentaire compromise en raison de ces dispositifs de compensation carbone. Plutôt que d’en tirer les leçons, les négociateurs pourraient généraliser ces pratiques en fixant un objectif de long terme de « émissions nettes zéro », minant les droits fonciers et la souveraineté alimentaire des populations locales.

Conclusion : Pourquoi rejeter ce texte est la seule option sérieuse que nous ayons ?

C’est en 2011, à Durban, que les Etats ont donné mandat aux négociations de l’ONU d’aboutir d’ici fin 2015 à accord sur « un protocole, un autre instrument légal ou une solution concertée ayant une force légale » qui prenne la suite du protocole de Kyoto (dont la deuxième période d’engagements prend fin en 2020). Depuis cette conférence de Durban, 85 journées de négociation ont eu lieu. Près de trois mois en cumulé. Des négociations qui ont nécessité un quantité incroyable d’émissions pour

déplacer des négociateurs des quatre coins de la planète et au cours desquelles de nombreux ouragans, tempêtes, inondations et sécheresses ont ravagé de nombreuses régions de la planète. On ne peut pas dire que les négociateurs et les Etats aient manqué de temps pour prendre connaissance de la gravité de la situation et pour travailler dans la perspective d’un accord qui soit à la hauteur des enjeux. Pourtant, ce texte n’est pas à la hauteur des enjeux. Au contraire, il nous conduit au chaos climatique et institue le crime climatique comme mode de régulation des conséquences des dérèglements climatiques. Ce n’est pas acceptable.

Certains commentateurs affirment partout que disposer d’un texte plus court est un progrès et qu’il faudrait l’accepter comme base de négociation, pour ensuite l’améliorer. Ils poursuivent en disant que si ce texte devait être refusé, cela reviendrait à débuter la quinzaine de négociations à Paris avec un texte plus long et encore moins lisible et compréhensible. Certes. Mais quel rapport avec l’urgence climatique ? L’objectif est-il d’avoir n’importe quel accord à Paris ou bien d’avoir un accord à la hauteur des enjeux ? Que signifie accepter un tel texte comme base de négociation alors que chacun sait, sous réserve d’un minimum de lucidité, qu’il ne pourra être radicalement amélioré ? Pourquoi laisser croire qu’il pourrait être amélioré de manière significative alors qu’il résulte déjà des propositions minimales des Etats ?

ONG, syndicats, organisations sociales et écologiques doivent se prononcer sur le fond, et non sur la forme des négociations : ce texte est-il de nature à répondre à l’urgence climatique dans une perspective de justice sociale ? Absolument pas. Cela devrait largement suffire à le refuser de manière unanime et claire. Que risque-t-on ? Bloquer les négociations ? Les retarder ? Créer une crise politique au sein de l’ UNFCCC ? C’est supposer notre pouvoir bien grand face à des chefs d’Etat et de gouvernement, et des négociateurs, qui ne nous écoutent pas.

Accepter ce texte comme base de négociations revient peu ou prou à expliciter que les négociations sont sur la bonne voie ! Ce n’est pas le cas. Pourquoi ne pas le dire ? Pourquoi ne pas explicitement exprimer notre consternation face à des négociations qui nous conduisent à la catastrophe climatique ? Refuser clairement ce texte parce qu’il n’est pas à la hauteur des enjeux, c’est indiquer explicitement à l’opinion publique qu’il y a un problème. C’est générer une tension politique salutaire. C’est faire événement pour expliciter les enjeux, pour lever les voiles et obliger toute le monde à jouer cartes sur table. Une telle proposition revient à interpeler l’opinion publique et expliquer clairement que, derrière les beaux discours, il n’y a rien. C’est enfin jouer notre rôle de lanceur d’alerte. Si nous ne le faisons pas, qui le fera donc à notre place ?

Maxime Combes, économiste et membre d’Attac France.
Il publie Sortons de l’âge des fossiles ! Manifeste pour la transition, Seuil, coll. Anthropocène et il a co-coordonné Crime Climatique Stop ! L’appel de la société civile, Seuil, Anthropocène.

maxime.combes@gmail.com

06 24 51 29 44 – @MaximCombes sur twitter

Energie : les ressources pour la production de chaleur

FRANCE : DÉVELOPPER L’USAGE DE LA CHALEUR RENOUVELABLE, par HERVÉ NIFENECKER

L’utilisation des énergies renouvelables pour atteindre les buts affichés d’économie et de préservation du climat est déjà très largement étudiée. Il reste à trouver et/ou à imposer la volonté politique de faire appliquer ces recherches.

Hérvé Nifenecker nous livre ici ses réflexions.

BAISSER EFFICACEMENT LES ÉMISSIONS DE CO2

François Hollande a fait de la transition énergétique une pierre angulaire de son quinquennat ; ce qu’elle pourrait être reste cependant à préciser. Un débat sur l’énergie a été convoqué pour aider le gouvernement à arrêter des choix rationnels. Compte tenu de l’état de l’économie française, souffrant, entre autres, d’une balance commerciale largement déficitaire, toute politique énergétique doit faire l’objet d’une optimisation économique. Il est donc souhaitable que le développement des énergies renouvelables se traduise par une nette réduction de notre consommation de combustibles fossiles, ce qui contribuerait de façon importante à la diminution des rejets de gaz à effet de serre dans l’atmosphère. La France s’est engagée à couvrir 23 % de sa consommation d’énergie finale à l’aide d’énergies renouvelables. La production de chaleur renouvelable est une méthode efficace qui permettrait d’atteindre cet objectif à un coût modeste. En diminuant la consommation de combustibles fossiles, et donc les émissions de CO2, ce qui devrait être l’objectif final de la transition énergétique, la balance commerciale de la France serait grandement améliorée.

L’habitat et le tertiaire sont de gros consommateurs de combustibles fossiles : 7 Mtep (80 TWh) de fioul et 18 Mtep (210 TWh) de gaz pour un montant supérieur à 16 milliards d’euros par an, contribuant au déficit de notre balance commerciale. Ces combustibles fossiles représentent 16 % de la consommation énergétique finale. En les remplaçant d’ici à 2030 essentiellement par des énergies renouvelables (et, pour le reste, par de l’électricité faiblement carbonée), on pourrait atteindre les 23 % des énergies renouvelables dans la consommation finale, sachant que la part actuelle des énergies renouvelables est de 12 %. On constate que, dès maintenant, l’utilisation de la chaleur solaire pour la production d’eau chaude sanitaire, de la biomasse dans des chaudières performantes et de la géothermie de surface par des pompes à chaleur est plus compétitive que les systèmes fonctionnant au gaz et au fioul.

Plutôt que subventionner l’achat de systèmes (pompes à chaleur, chaleur bois, chauffe-eau solaire), solution onéreuse conduisant souvent à des effets d’aubaine pour les vendeurs, il serait préférable de décourager l’achat de chaudières à gaz ou à fioul, et ce soit en les mettant hors normes, soit en instituant un système de bonus-malus à l’achat.

La durée de vie des chaudières gaz et fioul est de l’ordre de vingt ans, donc la plupart d’entre elles pourront avoir disparu d’ici à 2035. Les importations de combustibles auront été réduites de plus de 10 milliards d’euros par an sur la base des tarifs actuels, l’émission annuelle de 100 Mt de CO2 aura été évitée, et l’objectif de 23 % d’énergies renouvelables dans la consommation énergétique finale sera atteint sans qu’on n’ait eu à recourir au développement ruineux de la production d’électricité par des renouvelables intermittents.

LES RESSOURCES POUR LA PRODUCTION DE CHALEUR

Le soleil peut être utilisé pour la production de l’eau chaude sanitaire (ECS). La consommation d’énergie pour la production d’eau chaude est d’environ 50 TWh, elle devrait atteindre 55 TWh en 2020. Or le soleil pourrait en fournir les 3/4, soit environ 40 TWh/an.

Les besoins de chauffage atteignent 380 TWh : 45 TWh fournis par l’électricité, 95 TWh par le bois et 240 TWh par les combustibles fossiles. L’usage du bois pourrait fortement augmenter, en particulier dans les réseaux de chaleur, et permettre la fourniture de 120 TWh/an supplémentaires, en veillant à ce que les nouvelles installations obéissent aux normes les plus strictes en ce qui concerne les émissions polluantes (oxydes d’azote, dioxines, poussières…).
Les sondes géothermiques, enfin, captent la chaleur du sol des terrains traversés. Associées aux pompes à chaleur, elles autorisent le chauffage des habitations individuelles et d’immeubles collectifs. Des installations bien dimensionnées permettent d’atteindre, et même de dépasser, un coefficient de performance de 3, soit 1 kWh électrique consommé pour 3 kWh de chaleur. Peuvent être ainsi fournis 80 TWh (7 Mtep), la géothermie se substituant à des installations existantes qui ont recours au gaz, au fioul ou au charbon. La consommation d’électricité associée serait de l’ordre de 25 TWh. Cette contribution, avec celle du bois, permettrait de ne plus recourir aux combustibles fossiles pour le chauffage et la production d’ECS (240 TWh sur un total de 290 TWh, le solde pouvant facilement être fourni par l’efficacité énergétique et l’électricité directe).

UNE STRATÉGIE POUR « SORTIR DES FOSSILES »

La première mesure à prendre serait d’amender la RT2012 (réglementation thermique 2012), qui exige que la consommation d’énergie primaire des logements neufs soit limitée à moins de 50 kWh/m2/an. Ainsi, un logement de 100 m2 chauffé au gaz consommerait 5 000 kWh/an, produisant 1 000 kg de CO2 par an. Avec une conversion de 2,58 entre énergie primaire et énergie finale, le logement chauffé à l’électricité ne pourrait consommer que 1 940 kWh/an. Dans le premier cas, on admet généralement que la production d’eau chaude sanitaire consommerait environ la moitié de la consommation totale, soit environ 2 500 kWh/an. On voit que l’usage de l’électricité ne permettrait pas même aux habitants de se laver à l’eau tiède. Il est donc clair que la mise en œuvre de la RT2012 exclut l’usage de l’électricité. C’était le but visé par les organisations qui ont eu un rôle déterminant dans la rédaction des lois du Grenelle. Si les normes portaient sur l’énergie finale et non sur l’énergie primaire, rien ne serait changé pour le gaz, mais l’usage de l’électricité resterait possible. Dans ce cas, la quantité de CO2 émis serait de l’ordre de 225 kg/an, soit 4,5 fois moins que dans le cas du gaz. Certains parlementaires avaient pris conscience de l’absurdité consistant à favoriser la technique la plus émettrice de gaz à effet de serre ; rien n’y a fait, et même les pompes à chaleur ont été exclues des logements neufs.

Il faut donc amender la RT2012 soit en définissant des normes en énergie finale, soit en ajoutant une contrainte sur les émissions de CO2, ce qui serait conforme à l’esprit de la loi Grenelle.

L’obligation d’achat de l’électricité produite par l’éolien et le photo- voltaïque est une pratique ruineuse qui n’offre aucun intérêt (sauf pour les industriels regroupés dans le Syndicat des énergies renouvelables [SER] et France Énergie éolienne), ni pour diminuer les émissions de CO2 ni pour améliorer la balance commerciale. La suppression des contrats futurs permettrait aux consommateurs d’économiser environ 70 €/MWh à l’horizon 2030, soit près de 28 milliards d’euros par an.

ÉTENDRE L’ASSIETTE DE LA CSPE

La CSPE (contribution au service public de l’électricité) a atteint 7 milliards d’euros en 2013. Elle a conduit à une augmentation de la facture d’électricité de 16 %. Il faudrait qu’elle soit payée également par les consommateurs de gaz et de fioul. Elle passerait alors à environ 10 % de la facture énergétique. Le prix de l’électricité diminuerait de 6 %, et celui du gaz et du fioul augmenterait de 10 %.

Il s’agit de définir des normes de consommation de combustibles fossiles par mégawattheure de chaleur produite telles que, en pratique, les chaudières au fioul et au gaz devront être retirées du marché du neuf. On l’a dit, la durée de vie des chaudières étant de l’ordre de vingt ans, le parc de chauffage serait pratiquement renouvelé d’ici à 2035.

Remplacer les combustibles pour la production de chaleur exclusivement par l’électricité demanderait d’accroître les besoins de celle-ci de 290 TWh/an, soit la production de près de 25 EPR à construire d’ici à 2030. C’est irréaliste !

Une augmentation du prix de l’électricité de 20 % rendrait compétitive la production de chaleur par les énergies renouvelables. Alternativement, des bonus pourraient être affectés aux techniques de production de chaleur renouvelable. Pour accélérer le mouvement, en particulier en faveur des chauffe-eau solaires, il serait très efficace de mettre hors marché ou de taxer à l’achat les chauffe-eau électriques. La produc- tion d’ECS en période de chauffe serait assurée essentiellement par les installations de chauffage, et en période bien ensoleillée essentielle- ment par des chauffe-eau solaires.

AMÉLIORER L’EFFICACITÉ DES FILIÈRES DE PRODUCTION RENOUVELABLE DE CHALEUR

En raison de normes trop strictes (pour les chauffe-eau solaires), d’un défaut d’approche industrielle des systèmes et d’un manque de rationalisation de la production des pompes à chaleur et des chaudières à bois, les coûts français sont notablement trop élevés. Il est nécessaire d’avoir une vision industrielle de ce secteur.
L’usage de la chaleur renouvelable est la voie la moins chère pour atteindre les objectifs que s’est fixés la France, et elle concourt en même temps, de manière très importante, à atteindre un autre objectif, celui de réduire nos émissions de gaz à effet de serre de 23 % par rapport à 1990. C’est aussi une voie qui réduit efficacement notre dépendance vis- à-vis du gaz et du pétrole. Elle permettrait d’économiser, annuellement, environ 10 milliards d’euros de combustibles fossiles à l’importation. Elle fournirait 6 millions d’années de travail en France, soit de l’emploi pour 300 000 salariés pendant 20 ans.
L’émission d’environ 100 Mt de CO2 par an, soit le tiers des émissions actuelles serait évitée.
Voilà ce que pourrait être l’amorce d’une vraie transition énergétique

Gaz de schiste : le mythe d’une exploitation «propre»

LIBERATION – Coralie SCHAUB – 7 avril 2015

Gaz de schiste: le mythe d’une exploitation «propre»

Manifestation à Montélimar le 19 octobre 2013 contre l’exploitation du gaz et de l’huile de schiste (Photo Jeff Pachoud. AFP)

«Le Figaro» a exhumé un rapport vantant une exploitation alternative à la fracturation hydraulique. Un document très orienté et qui fait fi de la lutte contre le réchauffement climatique.

Le débat sur les «gaz de schiste écologiques» refait surface, après la publication mardi par le Figaro d’un rapport commandé en 2012 par l’ex-ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg et écarté par le gouvernement. Il vante une technique d’exploitation alternative à la très polluante fracturation hydraulique, interdite en France par la loi Jacob de 2011. Et promet la création de 120 000 à 225 000 emplois sur trente ans, ainsi qu’une relance de la croissance. Sauf que ces éléments sont largement orientés et erronés. Et qu’ils occultent la nécessité de devoir laisser la plupart des énergies fossiles dans le sol si l’on veut pouvoir préserver un climat vivable pour l’humanité.

D’où sort ce rapport ?

Arnaud Montebourg n’a jamais caché son amour des gaz et pétroles de schiste. Il n’a cessé, tout au long de son passage au gouvernement, de tenter de rouvrir la porte fermée depuis la loi de 2011. Reprenant, au passage, l’argumentaire des industriels, qui ont échoué à faire censurer cette loi. L’idée est de rendre acceptables ces énergies fossiles via l’expérimentation de techniques alternatives à la fracturation hydraulique, qui reste la seule disponible à ce jour. Les industriels n’ont de cesse de réclamer la création d’une commission chargée d’étudier la possibilité d’une expérimentation sur les gaz et pétrole de schiste, prévue par l’article 2 de la loi de 2011, mais jamais constituée.

En janvier 2014, le Canard enchaîné évoquait déjà la volonté de Montebourg de publier après les municipales de l’an dernier un rapport défendant une nouvelle technique expérimentale «propre» d’exploitation des hydrocarbures de schiste. Et en dévoilait les grandes lignes, largement inspirées d’un rapport parlementaire pro gaz de schiste de novembre 2013.

Le gouvernement ayant à plusieurs reprises refusé de rouvrir la porte au gaz de schiste et considérant que l’alternative proposée par le rapport «n’apporte pas de solution», celui-ci n’avait pas été publié. Reste à savoir pourquoi il resurgit aujourd’hui. «C’est un tuyau percé, un coup de communication du lobby, c’est tout. Le rapport n’a pas été enterré, il était connu du petit milieu qui s’intéresse à cela», remarque l’avocat en droit de l’environnement Arnaud Gossement. Et d’ajouter : «On est en plein dans la réforme du code minier, le lobby essaie de faire revenir les gaz de schiste par ce moyen. Et pour cela, il tente d’habituer le public à l’idée qu’il existerait des alternatives à la fracturation hydraulique.»

Quelle est donc cette technique au fluoropropane ?

Il s’agit en fait d’utiliser de l’heptafluoropropane ou NFP (non flammable propane), un liquide employé comme propulseur dans des inhalateurs contre l’asthme ou dans les extincteurs. Il est notamment produit par le chimiste franco-belge Solvay.

L’idée de s’en servir pour fracturer la roche à la recherche de gaz et pétrole de schiste est vantée par la société texane eCorpStim, qui a par ailleurs contribué au rapport publié par le Figaro, comme il est écrit page 7 de celui-ci. Le NFP permettrait de ne pas utiliser d’eau et peu, voire pas de produits chimiques. Contrairement au propane, il est non inflammable.

Sauf que cette technique n’a jamais été testée pour fracturer la roche en conditions réelles. Voici ce qu’en dit Ségolène Royal dans un communiqué publié mardi et intitulé Débat sur le gaz de schiste : quelques repères: «C’est une technologie qui n’est pas mature et sans retour d’expérience. Le principe reste toujours la fracturation de la roche-mère. L’eau est remplacée par de l’heptafluoropropane, une molécule dont le potentiel de réchauffement climatique est 3000 fois celui du CO2. En cas de fuite, l’effet sur le climat serait catastrophique. Contrairement à l’exploitation des hydrocarbures conventionnels, il est toujours nécessaire de multiplier les forages et les stimulations pour exploiter les gaz et les pétroles de schiste. Même si les puits sont de qualité, cela augmente le risque de pollution du sous-sol et des nappes phréatiques, au cours de la phase d’exploitation.»

Et voici ce qu’en dit le rapport parlementaire de novembre 2013, pourtant favorable aux gaz de schiste, page 26: «Comme le propane, l’heptafluoropropane est onéreux. Pour que l’exploitation soit économiquement rentable, il faudrait que ce coût soit compensé par les gains de productivité réalisés, et par les économies faites sur les additifs chimiques ou le transport. Le caractère récupérable du gaz injecté est un facteur très important d’économie. (…). Si le NFP est sans danger pour la couche d’ozone, il n’est pas sans danger pour le climat.»

Quid des emplois, de la croissance?

Selon le rapport commandé par Arnaud Montebourg, les gaz et pétrole de schiste représenteraient «une manne d’au moins 100 milliards d’euros pour la France» et leur exploitation «créerait entre 120 000 et 225 000 emplois», le tout sur trente ans. Mais plusieurs économistes ont déjà démontré qu’il s’agit là d’une extrapolation de ce qui se passe aux Etats-Unis, qui ne tient pas compte des spécificités françaises et européennes, à commencer par le fait que notre territoire est beaucoup plus densément peuplé et ne pourrait supporter autant de puits. L’économiste Thomas Porcher expliquait à Libération en 2013 pourquoi exploiter les gaz de schiste en France n’entraînerait pas de gains économiques pour la population, notamment car l’expérience américaine n’est pas transposable. Et Thomas Spencer, coauteur d’une étude publiée en février 2014 par l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), soulignait aussi à Libération qu’il serait très exagéré d’y voir l’origine d’un miracle économique.

Lors d’un débat sur la transition énergétique en juillet 2013, l’ancien directeur de Total Gas Shale Europe, Bruno Courme, admettait lui-même : «Il ne faut pas s’illusionner, [le gaz de schiste] n’est pas une industrie qui crée des milliers et des milliers d’emplois, on ne reproduira jamais les centaines de milliers d’emplois des Etats-Unis.» Sauf en cas de forages très intensifs, comme Outre-Atlantique. En Pologne, annoncé comme un eldorado, les compagnies déchantent d’ailleurs et se retirent une à une, y compris Total.

Et le climat, dans tout ça?

C’est le cœur du sujet, occulté par les débats sur les éventuelles techniques d’extraction propres. Car pour espérer éviter une flambée du thermomètre mondial qui rendrait la Terre invivable pour l’humanité, et limiter celle-ci à +2C° par rapport à l’ère pré-industrielle −ce qui est déjà beaucoup, au point d’inquiéter la Banque mondiale−, il faudra laisser dans le sol une grande partie des réserves en combustiles fossiles. Plus précisément, un tiers de nos réserves de pétrole, la moitié de nos réserves de gaz et plus de 80% de nos réserves de charbon devront rester sous terre pour atteindre cet objectif, selon une étude britannique publiée le 7 janvier dans la revue Nature. La conclusion de celle-ci est on ne peut plus claire : «Nos résultats montrent que les instincts des responsables politiques d’exploiter rapidement et complètement leurs combustibles fossiles territoriaux sont, dans l’ensemble, en contradiction avec leurs engagements à l’égard d’une limite de la hausse de la température à 2°C.»

http://www.liberation.fr/economie/2015/04/07/gaz-de-schiste-le-mythe-d-une-exploitation- propre_1236523?xtor=EPR- 450206&utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=quot